Bleue Lumière
Mon premier projet pictural réside dans une exposition nommée Bleue Lumière.
Le thème repose sur la couleur bleu, les symboles qu’on lui associe et ce qu’elle représente pour moi : la mer, le ciel, l’infini, le mouvement, la quiétude, la douceur mais aussi, la force, l’espoir, la féminité et la spiritualité.
J’envisage cette exposition comme une œuvre unique composée de plusieurs unités dialoguant entre elles. Je la considère un peu comme un morceau de musique picturale dans lequel chaque tableau constitue une note ou un accord, le tout rythmé par la scénographie. Je n’ai pas seulement l’intention de montrer mes œuvres, je veux proposer un voyage, une navigation sensorielle dans un univers.
Vague

Une respiration au rythme des ressacs. L’atlantique du sud-ouest de la France.
Un de mes premiers essais de « peinture fluide ». J’ai réalisé un test avec beaucoup d’eau dans mes mélanges et cela a donné ça.
Ce tableau appartient à ma mère, artiste peintre également. Elle ressent un coup de foudre immédiat lorsqu’elle le voit terminé. Ce fut pour moi une grande joie de lui en faire cadeau.
O

Détail d’une peinture fluide en train de sécher.
Éclosion
Ce tout petit tableau est sans doute mon préféré. Pour la première fois, je viens y interroger le cadre. J’explore ses limites, sa justesse, et me demande comment l’on évolue en son sein.
Quand faut-il s’y soumettre, et quand doit-on s’en extraire ?
À quels moments ses contraintes deviennent-elles nos prisons, à quels moments sont-elles constitutives de nos libertés ?

Ciel Mer

Cette peinture est elle aussi réalisée avec la technique du pouring ( du verbe anglais to pour : verser ), ou peinture fluide en français.
Il m’a fallu du temps pour trouver la juste recette et le geste précis. Cette technique offre des merveilles en un instant, mais peut aussi être source de gaspillage et de pollution.
Ici, rien d’autre n’est exprimé que le mouvement rythmé par les couleurs. Le tableau semble se créer de lui-même, au rythme d’une chorégraphie alchimique qui lui appartient…
Comme les autres œuvres issues de cette technique, je le vois comme une respiration, une pause esthétique au milieu du chant des concepts.
Ondulations



Détails d’un petit format, réalisé à l’acrylique et au crayon. Mouvements d’ondes marines qui dérivent, vues du ciel.
Cet exercice est l’un de mes favoris : peindre avec instinct, revenir au crayon pour ajuster, puis retrouver la peinture pour achever l’œuvre. Conjuguer lâcher-prise et maîtrise, comme un jardinier qui accompagne la nature plutôt que de la contraindre. C’est pour moi un plaisir profond et apaisant.

Fuite

Ce tableau est le tout premier que j’ai peint. C’est un ami de mes parents qui m’a fait réaliser quel était son sujet. Il m’a permis d’en analyser le sens, plusieurs années après. Merci Jean-Philippe. Avec le recul, cela crève les yeux et je peux dire que cette œuvre est fondatrice des thèmes que j’explore dans le projet d’exposition Bleue Lumière.
Le profil évanescent à gauche est celui de mon visage, tout juste sorti de l’enfance. Mon regard se détourne du chaos et de la lumière qui le transperce. À cette époque, je refuse de m’inscrire dans la société, je cherche à m’en éloigner, et le monde des hommes me terrifie autant qu’il me dégoûte. Pour y faire face, je m’ancre profondément dans mon énergie féminine, engendrant peu à peu un déséquilibre.
Alors, je n’aspire qu’à la paix, à la douceur, à la tendresse. Mais cela ne suffit pas, et je laisse libre cours à la peur. Une part de moi refuse de s’incarner pleinement, transcrit par la transparence de mon profil.
Je sens que cette pièce n’est pas terminée, pourtant, elle reste à la genèse de ce projet d’exposition. Complète ou non, sa présence ici est une évidence.
Bleus Blocs

Ici, le cadre blanc dessine un espace, mais ne le limite pas. À l’image de nos yeux qui perçoivent la réalité visible, tandis que l’invisible s’étend bien au delà, aux extrémités du spectre lumineux, aux ondes et aux champs magnétiques qui nous entourent.
Dans le champ métaphysique on parlerait d’une représentation du plan physique et du plan astral.
Le fond évoque la nature, tandis que les blocs suggèrent des constructions artificielles. Certains d’entre eux flottent aux frontières des deux mondes, comme des passages entre les dimensions.
Glace
Une nouvelle pause, un autre état de l’eau émerge sur ce petit format carré que j’aime tant. Une nouvelle expérience unique de peinture fluide, un mélange inédit.
La sobriété des nuances et des dégradés apporte douceur et apaisement, tandis que les mouvements traduisent une puissance lente et inexorable.
Cela me fait penser aux mers des pôles, très différentes de l’océan familier de mon enfance.

Trajectoire

Ce tableau exprime ma vision d’un destin ordinaire, une trajectoire de vie selon mes croyances.
Le faisceau de lumière rectiligne au centre symbolise le scénario idéal, choisi par le moi supérieur avant l’incarnation. L’éclair plus clair qui zigzague autour incarne le libre arbitre, l’ego, cette fractale de l’âme, consciente d’elle-même.
Sur cette terre, nous sommes souvent désaxés de notre véritable conscience, de cette petite voix intérieure qui nous guide vers ce qui est bon pour nous.
Parfois, dans le tumulte de nos vies, nous ne la percevons presque plus. J’ai traduit ces désalignements par les écarts de l’éclair, tandis que les points et le trait presque blanc représentent les instants alignés, jusqu’à la césure : la mort, figurée en bas du tableau.
Et puis vient la suite : évolution en pleine conscience, retour à la Source, ou réincarnation… le choix est libre.
Nébu-bleue
Avec la peinture fluide, lorsque l’on verse les mélanges sur la toile, il faut ensuite faire tourner cette dernière, laisser la peinture voyager, s’étirer, former ses motifs, et recouvrir les champs du châssis. Quand la matière atteint les bords, elle s’écoule naturellement.
Ici, j’avais placé d’autres toiles en dessous pour en récupérer une partie. Ce tableau est donc la somme de ses prédécesseurs.
Je reste en constante réflexion quant au gaspillage de peinture lié à cette technique. Je n’ai pas encore trouvé la solution, mais cela guide mes expérimentations.
J’aime la vitalité des couleurs et le mouvement de cette petite pièce. Nébuleuse de bleus, elle évoque pour moi certains clichés de l’espace, d’où son titre.

Éruption

Cette pièce parle de l’irruption créatrice que tente de contenir une force antagoniste. L’idée ou l’acte créateur, représenté par les entrelacs, jaillit du centre du tableau, tandis qu’un cadre blanc, symbole de matrice artificielle, cherche à la limiter.
Éventuellement freinées un temps, ces pulsations bleues ne peuvent être réellement contenues et poursuivent leur chemin vibratoire vers l’infini. En d’autres termes, ce tableau met en scène une force destructrice tentant de bloquer un processus d’évolution sans jamais y parvenir véritablement.
En voyant cette pièce pour la première fois, certaines personnes m’ont dit penser au Big-Bang. La théorie n’avait pas encore été sérieusement remise en question quand je l’ai peinte et il y avait peut-être effectivement un peu d’elle dans ce qui l’a inspirée.
Chemystic

J’aime le bleu très vif de ce tableau encore une fois réalisé à la peinture fluide. Les entrelacs me font penser à une réaction chimique en train de se produire. Une fusion d’énergies bleues d’où naissent d’étranges méduses de lumière…
Artbleu

Ce tableau met à l’honneur la verticalité. Il expose la puissance du végétal venant défier la gravité, et donc le cadre.
Cet arbre bleu est un protagoniste récurent dans mon travail. Cette version questionne les confins du monde visible. Ses racines plongent vers des espaces inconnus. Sa cime tend vers des cieux infinis. Le cadre intérieur représente la limite de ce que nos sens perçoivent mais au delà de laquelle le réel continue pourtant d’exister. Dans une société très matérialiste, il est toujours bon de rappeler encore et encore que la réalité tangible n’est qu’une fraction du réel.
Carte Zéro



Cette mer inversée (où les terres bleu foncé sont plus sombres que l’eau), représente aussi bien une vue aérienne d’un paysage que celle de cellules observées au microscope. Ainsi, le macro et le microcosme se confonde, rappelant la nature fractale du réel.


